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Publié le 1er février 2026
Camille Dauphinais-PelletierLa Presse
L’utilisation d’écrans modifie la façon d’être des enfants au point où leur état psychologique est difficile à évaluer, dit-elle. « On n’irait pas boire du gin et prendre des Tylenol avant de faire évaluer son foie », compare-t-elle.
Parmi les spécialistes québécoises à qui La Presse a parlé, Linda S. Pagani est parmi les plus enthousiastes concernant une période de détox totale d’écrans. Elle signe d’ailleurs la préface du livre à succès de la psychiatre américaine Victoria Dunckley* sur la question.
C’est comme si on se disait que mentalement, dès qu’on met l’écran de côté, tout est remis à zéro. Mais non, c’est sur des périodes comme 10 jours ou 48 heures que ça paraît.
Linda S. Pagani a donné plusieurs conférences en France dans le cadre du défi 10 jours sans écrans au fil des ans, et elle sait qu’il s’agit d’un sujet sensible. Encore plus chez nous qu’en Europe.
« Je fais des collectes de données dans les garderies du Québec, et la chose que j’entends le plus des éducatrices et des directrices, c’est : “On ne sait pas comment expliquer [les problèmes causés par les écrans] aux parents.” Ils sont très défensifs, elles se font insulter. Il y a beaucoup de violence verbale qui arrive – c’est typique de quelqu’un qui prend de la drogue », précise-t-elle. D’ailleurs, elle n’hésite pas à comparer les effets d’une surexposition aux écrans à ceux de l’alcool et des drogues.
Une pause pour faire le point
Toutes les spécialistes consultées par La Presse lors de la préparation de ce dossier le disent : les écrans ne sont pas mauvais en soi, c’est leur surutilisation qui est problématique. Et il faut agir dès la petite enfance. Une pause complète serait plus efficace qu’une simple diminution de la durée quotidienne passée sur les écrans pour faire le point sur sa situation. Après trois, quatre ou cinq jours, ou bien après une semaine ou deux, on perd un peu le goût de jouer, on en a moins envie. Alors que si on ne fait que diminuer et qu’on en garde toujours un peu, l’envie revient. Magali Dufour, psychologue spécialisée en cyberdépendance et professeure à l’UQAM
« Il faut être dans le contrôle, et si on avait déjà de la difficulté à se contrôler, on reste pris avec cet aspect-là qui est plus complexe ». Les recherches sur les bienfaits des pauses totales d’écran sont toutefois à leurs balbutiements. Il est difficile d’en quantifier l’impact d’un point de vue scientifique.
Des usages pires que d’autres
Tous les usages ne s’équivalent pas, préviennent des chercheurs. Écouter un film en famille ou initier brièvement son enfant à un jeu vidéo éducatif peut être tout à fait sain. À l’autre bout du spectre, le laisser utiliser seul un téléphone mobile rempli de jeux gratuits risque de l’exposer à des « mécaniques de gambling » néfastes, prévient Maude Bonenfant, professeure au département de communication sociale et publique de l’UQAM spécialisée en jeux vidéo.
On a vu des jeux pour les 3 à 5 ans où on met du gambling parce qu’il y a un potentiel addictif, il y a de la rétention, on garde l’enfant connecté, donc on fait de l’argent.
Maude Bonenfant, professeure au département de communication sociale et publique de l’UQAM spécialisée en jeux vidéo
« Les parents ne peuvent pas savoir, ils n’ont pas l’information dont ils auraient besoin », dit-elle. C’est pourquoi elle souhaiterait la mise en place d’une régie du numérique, une instance gouvernementale basée sur la science, qui apposerait une cote aux jeux vidéo et produits numériques de divertissement. « Je voudrais que ça ne soit pas basé juste sur le contenu, mais aussi sur les mécaniques, le modèle économique, la mise en réseau, la protection de la vie privée », dit-elle.
*Le livre Enfants difficiles, la faute aux écrans ? – Les bienfaits du sevrage électronique, écrit par Victoria Dunckley, a été publié en version française chez Écosociété en 2020.