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Dre Christine Grou, psychologue
Publié dans Journal de Montréal Samedi, 14 février 2026
Beaucoup de personnes se sentent déçues, voire blessées, lorsqu’un proche oublie leur anniversaire, ne saisit pas leurs besoins ou ne comprend pas leurs attentes. Or, bien souvent, il suffirait de mettre des mots sur ce que nous espérons de l’autre pour prévenir bien des malentendus, des blessures ou des conflits.
Lorsqu’on ne communique pas clairement ses attentes à autrui, un jugement sans appel peut être porté sur ce dernier, désormais perçu comme insensible ou négligent, parfois même jusqu’à l’exclure de sa vie. Et dire que tout cela est, bien souvent, le fruit d’un simple malentendu ou d’attentes restées cachées
L’altérité, une réalité
Ferait-il vraiment bon vivre dans une société où toutes les différences seraient abolies, où chacun serait parfaitement d’accord sur tout? Nous devons composer avec l’altérité: chaque être est singulier dans ses comportements, ses attentes, ses valeurs et ses habitudes. Une même situation est ainsi rarement perçue de façon identique par tous: elle est toujours filtrée par l’individualité propre à chacun. Ce qui choque l’un peut laisser l’autre indifférent... voire l’indigner davantage.
L’écrivain français Bernard Werber a parfaitement résumé l’enjeu de l’altérité, et le défi de compréhension qu’il pose à chacun de nous: «Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous voulez entendre, ce que vous entendez, ce que vous croyez en comprendre, ce que vous voulez comprendre, et ce que vous comprenez, il y a au moins neuf possibilités de ne pas se comprendre». Voilà qui décrit bien le potentiel de confusion dans une discussion entre deux personnes... Maintenant, imaginez si, en plus, l’un des deux refuse carrément de s’exprimer!
Nous oublions souvent que personne n’a accès à notre monde intérieur. Nos pensées, nos émotions et nos besoins ne deviennent perceptibles pour l’autre que lorsqu’ils sont partagés. Sans mots pour les rendre tangibles, ils restent au mieux des hypothèses que chacun interprète à sa manière, à partir de son propre vécu. C’est dans cet écart entre ce qui est ressenti et ce qui est perçu que naissent bien des malentendus.
Se dire sans rien dire: pourquoi?
Cette posture silencieuse ne s’installe pas par hasard. Chez certaines personnes, elle trouve son origine dans leurs blessures d’enfance, alors qu’elles ont grandi dans des milieux où l’écoute, la reconnaissance et le soutien n’étaient pas toujours au rendez-vous. Ces besoins non comblés, on préfère les taire, tantôt par mesure de protection, tantôt pour atténuer frustrations et insatisfactions. Cela peut conduire à des conflits, à la solitude ou à l’isolement, en plus d’engendrer colère et chagrin.
Ces entraves ne sont pas insurmontables, mais obligent à développer une meilleure connaissance de ses propres besoins et à trouver la meilleure manière de les exprimer aux autres. Car ce n’est pas en dénonçant leur incompréhension lorsque nous ne nous exprimons pas que le dialogue sera fructueux.
Cela dit, personne n’est parfait: il faut reconnaître que certaines personnes n’accordent pas le même degré d’attention aux émotions des autres, mais cela ne veut pas dire qu’elles sont moins aimantes pour autant.
L’autre n’est pas moi
Le jeu des devinettes n’est souhaitable dans aucune relation. Lorsque vous communiquez clairement vos attentes ou vos besoins, vous offrez aux autres l’occasion de répondre avec attention et bienveillance à ce qui compte pour vous.
Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne les couples. Contrairement à l’idée romantique et irréaliste voulant que la fusion de deux êtres n’en forme plus qu’un, il existe trois entités dans un couple: moi, l’autre... et le couple. Exprimer ses ambitions, ses besoins et ses frustrations, c’est une responsabilité partagée, et ce partage favorise des relations bien plus saines et harmonieuses.