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person using laptop computer
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Se concentrer sur une tâche à la fois semble loin d’être une idée farfelue, et comporte plusieurs bénéfices. Pourtant, le multitâche est devenu la norme dans notre société hyperconnectée. Devrait-on se forcer à pratiquer le monotâche ?

Florence DancauseLa Presse

« Oui », dit d’emblée la neuropsychologue Isabelle Rouleau. Nous sommes plusieurs – dont elle – à avoir perdu cette habitude, indique la professeure au département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). « Lire un roman, je trouve ça plus difficile qu’il y a 10 ans. J’ai plus de difficulté à inhiber la propension à faire plein d’affaires, comme regarder mon cellulaire », témoigne-t-elle.

Il faut d’abord mettre une chose au clair : notre cerveau n’est pas comme un ordinateur. « Il ne peut pas faire trois choses en même temps », dit-elle. Seules quelques actions automatisées peuvent se faire simultanément.

« Ça peut être de passer la balayeuse en écoutant une émission balado », donne en exemple l’orthophoniste spécialiste en gestion et en organisation Marie-Philippe Rodrigue. Mais dès qu’une activité requiert une certaine charge cognitive, comme écrire un texte – ou même regarder un film –, on devrait y focaliser toute son attention.

Gagner du temps et de l’approfondissement

Curieusement, on a l’impression d’être plus rapide et efficace en multitâche, mais c’est le contraire qui se produit. « Chaque fois qu’on change de tâche, il y a un coût en temps associé », soulève Isabelle Rouleau. Ce coût a été étudié par des chercheurs américains et allemands en 2008 ; il faut en moyenne 23 minutes et 15 secondes pour retrouver l’état de concentration après avoir été distrait.

Les distractions n’ont jamais été aussi grandes avec l’omniprésence du téléphone cellulaire dans nos vies, relève Marie-Philippe Rodrigue. On peut penser aux notifications, ou à notre propre cerveau qui nous pousse à consulter un réseau social. Cette constante stimulation – une sorte de multitâche – « entraîne une surcharge au niveau du système nerveux sympathique, qui est celui qui s’active en période de stress », explique l’orthophoniste.

Le multitâche augmente également le risque d’erreurs. La conséquence – plus grave dans l’exercice d’une fonction ou aux études – peut néanmoins affecter le quotidien. « Tu fais le repas, et en même temps, tu pars une brassée de lavage. Ça se peut bien que tu oublies ton repas et que ça brûle sur le feu », illustre Marie-Philippe Rodrigue, qui est aussi l’autrice du livre Le paradoxe de la poule pas d’tête – Mieux travailler, sans devenir fou.

Notre faculté à aller en profondeur en pâtit énormément, selon la neuropsychologue Isabelle Rouleau. Nos réflexions, et même nos relations, restent en surface si nous ne nous y consacrons pas totalement, souligne-t-elle. « On ne peut pas être complètement avec l’autre personne si notre cellulaire est pas loin et qu’on n’arrête pas de recevoir des textos. »

Se minuter et éloigner nos appareils

Envie de retrouver l’aptitude du monotâche ? Isabelle Rouleau suggère de commencer avec la technique Pomodoro. « Je suggère ça à mes étudiants de la maîtrise, indique-t-elle. Tu te mets un minuteur de 50 minutes pour faire du travail en profondeur, et ensuite, tu te donnes une pause de 10 minutes. » L’orthophoniste Marie-Philippe Rodrigue – qui suggère souvent cette méthode de travail – propose également de se donner un objectif précis et atteignable à accomplir lors des périodes de concentration.

Autre astuce : on éloigne physiquement les appareils électroniques.

Selon des recherches, si le téléphone ou l’ordinateur est présent dans notre environnement, on réussit moins bien des tests d’attention, puisqu’une partie de notre attention reste là.

Marie-Philippe Rodrigue, orthophoniste, spécialiste en gestion et en organisation

Il faut ainsi réapprendre à se réguler, et à ne pas chercher la stimulation de nos appareils. Or, on devrait faire confiance à nos lobes frontaux qui s’occupent de cette fonction cognitive, explique Isabelle Rouleau.

Selon Marie-Philippe Rodrigue, il faut être davantage conscient des moments où notre attention totale est requise. Et pourquoi pas, multiplier ces moments de concentration, suggère-t-elle. « Ça ne veut pas dire de ne pas regarder notre téléphone, ou ne pas être sur les réseaux sociaux, mais de limiter le mélange entre nos activités. »

Retrouver l’art du monotâche